Jailbreak Switch 2 : Nintendo face à une faille qui se propage

Le jailbreak Switch 2 ns2jb, publié le 22 octobre, permet déjà de copier des jeux et de les lancer sur Mac et iPhone.
Le jailbreak Switch 2 change la donne pour Nintendo. Publié le 22 octobre 2026 sous le nom ns2jb, il a ouvert la voie à une vague de portages en moins de deux semaines. Donkey Kong Bananza tourne désormais sur Mac, et d’autres jeux suivent sur iPhone, iPad et Android. Par ailleurs, l’émulation sur PC repart de plus belle.
Comment le jailbreak Switch 2 a vu le jour
L’auteur de ns2jb est Sammy Hajhamid, étudiant chercheur en sécurité, connu sous le pseudo pepsipu. Son exploit fonctionne sur la version 23.0.1 du système, la plus récente à l’époque. Une console parfaitement à jour est donc vulnérable.
Le point d’entrée est surprenant. Il s’agit de SmileBASIC 4, un logiciel de programmation vendu sur l’eShop pour la première Switch. Il reste pourtant compatible avec la Switch 2. En y saisissant un programme de 229 lignes, le chercheur dialogue avec un petit serveur Node.js hébergé sur un ordinateur du même réseau. Il attaque ainsi le service de fichiers de la console.
Pepsipu a confié une grande partie du travail à Codex, l’agent de programmation d’OpenAI. L’IA pilotait une Switch 1 et une Switch 2. Elle envoyait des commandes, récupérait l’image et relançait la console après chaque plantage.
Le jailbreak a toutefois des limites. Il faut le relancer à chaque démarrage, avec un ordinateur branché. De plus, il n’atteint pas le noyau du système, donc impossible d’installer un système parallèle. En revanche, il permet de copier les jeux déchiffrés par la console, leurs mises à jour, leurs DLC et les sauvegardes. Il autorise aussi le lancement de homebrews.
Pourquoi la Switch 2 est si vulnérable
Nintendo présente sa console comme une nouvelle plateforme. Pourtant, tout indique une Switch plus puissante. Les deux machines partagent le même système d’exploitation et la même architecture de processeur. Les jeux sont en outre rétrocompatibles. Or la Switch 1 figure parmi les consoles les plus piratées de l’histoire.
Le jailbreak a aussi révélé plusieurs différences techniques :
- le kit de développement porte le nom de code « Ounce » ;
- l’API graphique s’appelle NVN2 ;
- la puce Nvidia est de génération Ampere, contre Maxwell sur la Switch 1 ;
- un jeu dispose d’environ 9 Go de mémoire, contre 3,2 Go auparavant ;
- l’upscaler neuronal fait passer l’image de 1676×943 à 2304×1296 grâce aux cœurs tensoriels.
Cette parenté profite aussi aux hackers de la Switch 1. Certains portent déjà des jeux Switch 2 sur des consoles overclockées. Pokopia tourne en 720p autour de 30 images par seconde. Mario Kart World fonctionne, mais en qualité réduite. Certaines vidéos sont probablement fausses, car trop fluides pour être crédibles.
Des jeux natifs sur Mac, iPhone et Android
Le plus inquiétant pour Nintendo n’est pas l’émulation. Mario Kart World et Donkey Kong Bananza démarrent certes sur des PC puissants, avec des saccades. Mais les mises à jour des émulateurs arrivent plusieurs fois par jour sur GitHub, aidées par l’IA générative.
Le vrai danger est l’exécution native, portée notamment par le projet nxnative. La puce de la Switch, les puces Apple Silicon et les Snapdragon d’Android reposent sur la même architecture : l’ARM 64 bits. Il n’est donc pas nécessaire d’imiter le processeur. Les instructions du jeu s’exécutent telles quelles.
nxnative adapte le fichier du jeu et recrée les services système de Nintendo dans un programme hôte. Ensuite, il traduit les graphismes NVN vers Metal, l’API graphique d’Apple. Les résultats sont déjà impressionnants, même s’ils restent inégaux :
- environ 85 jeux Switch 1 seraient compatibles avec les puces Apple Silicon ;
- sur Mac, Donkey Kong Bananza atteint 60 fps, avec des chutes à 30 fps dans les scènes chargées ;
- sur iPhone 17, le premier essai public plafonne à 15 fps ;
- Mario Kart World présente encore des défauts graphiques.
Nintendo peut-il endiguer le jailbreak Switch 2 ?
Nintendo a d’abord retiré SmileBASIC 4 de l’eShop. Cette mesure semble pourtant inutile. Pepsipu aurait déjà porté son exploit sur WebKit, le moteur web de la console. Seule une mise à jour du système peut fermer la faille.
La situation diffère de celle de la Switch 1. Sa faille était gravée dans le processeur, et les 14,8 millions de premières consoles vendues sont restées piratables à vie. Ici, la faille est logicielle, donc corrigeable. Nintendo peut aussi exiger une version récente du système pour l’eShop, le jeu en ligne et les futurs jeux.
Cependant, le mal est fait. Les dumps de jeux circulent déjà. De plus, chaque nouvelle faille permettra de réutiliser les exploits précédents.
Reste la voie judiciaire, que Nintendo maîtrise bien. L’émulateur Yuzu a fermé en mars 2024 après un accord à 2,4 millions de dollars. Ryujinx a disparu de GitHub en octobre 2024. Gary Bowser, de Team Xecuter, a été condamné à 40 mois de prison en 2022. nxnative ne contient aucun jeu et exige des fichiers issus de sa propre console. Il n’en reste pas moins un accélérateur du piratage.
Ce qu’il faut retenir
- Le jailbreak ns2jb exploite SmileBASIC 4 et touche le système 23.0.1.
- Il permet de copier jeux, mises à jour, DLC et sauvegardes.
- Le projet nxnative lance des jeux Switch sur Mac et iPhone sans émulation.
- Une mise à jour peut corriger la faille, mais pas annuler les fuites.
- En France, contourner les protections d’une console reste illégal, même pour copier ses propres jeux.