Caméras Dahua piratées en Ukraine : le CERT-UA lance l’alerte

Le CERT-UA alerte sur des accès non autorisés à des caméras Dahua et DVR : flux vidéo exposés et comptes tiers créés.
L’équipe de réponse aux urgences informatiques ukrainienne, le CERT-UA, a publié une alerte au sujet de systèmes de vidéosurveillance compromis. Elle concerne des caméras Dahua et des enregistreurs numériques (DVR) du même fabricant. En effet, des attaquants y obtiennent un accès distant sans autorisation. Par ailleurs, plusieurs cas ont déjà été constatés en Ukraine.
Alerte du CERT-UA sur des caméras Dahua compromises
Le service spécial des communications de l’État ukrainien (SSSCIP) a détaillé la situation. Selon lui, des cas de compromission de caméras IP et de DVR ont été enregistrés. Ainsi, les intrus accèdent au flux vidéo. Ils modifient également la configuration des appareils. Enfin, ils créent des comptes tiers.
Ces trois actions forment un schéma classique. D’abord, l’attaquant pénètre dans l’appareil. Ensuite, il observe ce que filme la caméra. Enfin, il s’assure de pouvoir revenir à tout moment grâce à un compte qu’il contrôle.
Les informations disponibles ne précisent pas quel groupe malveillant est à l’origine de ces intrusions. Aucun identifiant CVE n’est cité non plus. En revanche, l’alerte pointe deux axes : l’accès P2P et des faiblesses d’authentification.
Ce que les pirates peuvent faire une fois dans le système
Un accès au flux vidéo n’est pas anodin. Il permet de surveiller en temps réel des lieux, des allées et venues et des horaires. Par conséquent, ces images peuvent servir à du repérage ou à de la collecte de renseignements.
Le contexte ukrainien renforce ce risque. Des caméras installées dans des commerces, des bâtiments publics ou des infrastructures offrent une vue précieuse sur le terrain. Ainsi, un adversaire peut observer des sites sensibles sans jamais s’en approcher.
La modification de la configuration pose un autre problème. Un attaquant peut changer des paramètres réseau, désactiver certaines fonctions ou altérer l’enregistrement. Il peut également rendre l’appareil plus difficile à auditer. De plus, la création de comptes supplémentaires garantit un accès durable. En effet, même si le mot de passe initial est changé, l’intrus conserve sa porte d’entrée.
Voici les trois effets constatés :
- accès au flux vidéo des caméras IP et des DVR ;
- changement de la configuration des appareils ;
- création de comptes tiers, utilisables comme accès de secours.
Pourquoi l’accès P2P et l’authentification posent problème
Le P2P est une fonction courante sur les caméras connectées. Elle permet de consulter les images à distance sans ouvrir de port sur le routeur. Elle est donc très pratique pour l’utilisateur. Cependant, elle expose l’appareil à Internet par un autre chemin, souvent moins bien surveillé.
Quand ce service est actif, la sécurité repose sur l’authentification. Or, des mots de passe faibles, des identifiants par défaut ou des mécanismes de connexion mal protégés suffisent à ouvrir l’accès. Autrement dit, l’attaquant n’a pas toujours besoin d’une faille complexe. Une simple faiblesse de configuration peut lui suffire.
Ce type de problème est fréquent dans le monde de la vidéosurveillance. Beaucoup d’appareils restent en service pendant des années. Par ailleurs, ils sont rarement mis à jour. Leurs mots de passe d’origine sont parfois conservés tels quels. De plus, personne ne vérifie la liste des comptes.
Il faut aussi rappeler que le périmètre dépasse l’Ukraine. Les produits Dahua sont déployés partout dans le monde. Les organisations qui en utilisent ailleurs ont donc intérêt à vérifier leur propre exposition.
Recommandations pour protéger les caméras Dahua
Les mesures suivantes limitent fortement le risque. En effet, elles sont simples à appliquer et ne demandent pas d’outils particuliers.
- Désactiver le P2P si cette fonction n’est pas indispensable.
- Changer tous les mots de passe et supprimer les identifiants par défaut. Choisissez des mots de passe longs et uniques.
- Auditer les comptes présents sur chaque caméra et chaque DVR. Supprimez ensuite ceux que vous ne reconnaissez pas.
- Vérifier la configuration et la comparer à une version de référence saine.
- Appliquer les mises à jour du micrologiciel publiées par l’éditeur.
- Isoler les appareils dans un réseau dédié, sans exposition directe à Internet. Si un accès distant est nécessaire, passez par un VPN.
Ce qu’il faut retenir
Le CERT-UA et le SSSCIP confirment des compromissions réelles de caméras IP et de DVR Dahua. Les attaquants consultent les flux vidéo, modifient les réglages et ajoutent leurs propres comptes. Par ailleurs, les vecteurs évoqués sont l’accès P2P et des faiblesses d’authentification.
Il n’y a donc pas lieu d’attendre un éventuel correctif pour agir. Désactiver les accès inutiles, renforcer les mots de passe et contrôler les comptes sont des gestes immédiats. En outre, une revue régulière du parc de vidéosurveillance devrait faire partie de toute politique de sécurité. Ces équipements restent trop souvent oubliés. Pourtant, ils constituent une cible de choix.
Source : Attackers Hijack Dahua IP Cameras in Ukraine Using P2P Access and Auth Weaknesses